Culture

Londres des mystères #1 – Le cimetière de Highgate

Dans le nord de Londres, le quartier résidentiel d’Highgate a très bonne réputation. Ses grands espaces verts, ses maisons victoriennes et ses imposantes bâtisses géorgiennes en pierres lourdes lui donnent un air de village cossu qui a la côte auprès des célébrités et riches entrepreneurs en quête d’un havre de paix à moins de 20 minutes du centre de la capitale. Y résident notamment Kate Moss ou encore Rod Stewart. Le quartier devient particulièrement pittoresque en hiver, alors que les feuilles gelées jonchent les trottoirs et que la neige se met à virevolter au gré du vent (et pas seulement dans les narines de Kate).

Un quartier tranquille… en apparence

A Highgate donc, on est entre gens bien. Il y a évidemment le club de golf très fréquenté, mais aussi de vieux pubs aux grands fauteuils confortables et à l’odeur de bière tiède, des petits commerces de proximité, des librairies indépendantes, quelques boutiques bio, un large choix de restaurants (notamment Rossella, un Italien à tomber par terre situé au 103 Highgate Rd) et… un cimetière à l’histoire très chargée, dont les évènement ont fait l’objet de plusieurs enquêtes de Scotland Yard et de différentes publications scientifiques.

Le cimetière de Highgate à l’automne

Le cimetière de Highgate fait partie des Magnificent Seven, les 7 cimetières londoniens directement inspirés du cimetière du Père-Lachaise à Paris. Il est réputé pour sa beauté époustouflante : l’espace est immense, grand comme quinze terrains de football, bordé de végétation luxuriante et coupé par de petits chemins sinueux d’où il est possible d’admirer de vieilles statues en pierre taillée représentant notamment des anges endormis. Il est également connu pour les grands noms qui y reposent : Karl Marx (dont le monument abritant la dépouille a été vandalisé en 2019) ou encore plus récemment George Michael.

Des apparitions étranges autour du cimetière

Mais sous ses épais nuages gris, derrière de vieilles grilles rouillées, le cimetière d’Highgate cache une autre histoire : celle de phénomènes étranges et inquiétants qui se répètent depuis son ouverture. Et c’est à la fin des années 60 que les évènements dramatiques s’intensifient jusqu’à attirer l’attention de tout le pays. En effet, des habitants d’Highgate sont tour à tour attaqués aux abords du cimetière par une créature effrayante qui semble avoir une silhouette humaine. Une jeune fille est même retrouvée avec une large morsure au cou, ce qui fera éclater l’affaire au niveau national, attirant dans le quartier des dizaines de journalistes et les caméras de la BBC pendant plusieurs semaines. Des détectives de Scotland Yard sont envoyés sur les lieux pour mener l’enquête et les habitants restent confinés chez eux.

Le cimetière est divisé en deux par une petite rue, Swains Lane, qui permet aux habitants de rejoindre le quartier résidentiel bien plus rapidement en coupant le cimetière plutôt qu’en le contournant. C’est sur ce passage lugubre et mal éclairé qu’empruntent les habitants la nuit que les attaques semblent avoir lieu. Deux jeunes filles indiqueront avoir vu des morts sortir de leurs tombes. Puis un couple respectable du quartier affirmera avoir été suivi par une grande forme sombre, mi-humaine mi-animale, avant de réussir à s’enfuir. Mais surtout, ce sont les 150 animaux morts qui ont été retrouvés en quelques semaines dans les allées du cimetière qui rendent les autorités perplexes : des chats, des lapins, des chiens, et même une chèvre, toujours mordus au niveau du cou avant d’être complètement vidés de leur sang.

L’affaire du Vampire de Highgate

L’affaire fascine le pays et est désormais connue sous le nom de l’affaire du Vampire de Highgate. Les autorités font appel à David Farrant, un détective spécialisé dans les affaires inexpliquées et mort en 2019. Il décide de s’introduire dans le cimetière en pleine nuit, sans lumière, et d’enquêter. Dans la nuit du 24 au 25 décembre, Farrant est surpris par un homme qu’il décrit comme étant de très grande taille, au moins 2m50, arborant un long manteau sombre et dont les yeux scintillaient même dans le noir total. Farrant explique avoir tenté de rester rationnel ; peut-être s’agissait-il simplement d’enfants qui étaient montés les uns sur les autres et tentaient de l’effrayer. Mais l’homme, dit-il, s’est rapproché et est resté quelques instants à l’observer alors qu’il récitait des prières, ne sachant que faire d’autre, avant de s’éloigner.

Pendant ce temps-là, le quartier de Highgate est en ébullition et les témoignages et hypothèses se succèdent. Sean Manchester, le révérend de la paroisse locale, affirme qu’il s’agit d’un vampire et demande à la population de ne pas s’approcher des abords du cimetière la nuit. Il tire ses conclusions du fait qu’au XVIIIe siècle, le corps d’un seigneur médiéval Roumain fut enterré à Highgate avant la construction du cimetière et a vu sa tombe profanée par des étudiants Anglais qui auraient réalisé sur la dépouille des rituels sataniques, avant qu’un démon ne transforme le corps en vampire.

Des évènements inexpliqués

Les médias mènent leur propre enquête également et s’intéressent aux deux jeunes filles qui ont vu des morts sortir de leurs tombes : l’une d’elle a des comportements étranges depuis cette fameuse nuit, et présente des symptômes nouveaux de somnambulisme. Les autres membres de son foyer l’auraient même surprise en train de dévorer, en pleine nuit… de la viande crue. Le révérend Manchester décide de passer une nuit dans le foyer familial, et ce dont il sera témoin le hantera à jamais. Alors qu’il était installé dans le salon pour y passer la nuit, Elizabeth eut un épisode de somnambulisme pour le moins particulier. En plein milieu de la nuit, alors que toute la maison était profondément endormie, la jeune fille sortit discrètement dehors avant de se diriger tranquillement vers Swains Lane, au beau milieu du cimetière, suivie de loin par l’homme d’église. Au milieu des tombeaux, elle semble alors comme en état de transe, hurle et gesticule avant qu’il ne vienne calmer ses cris avec son crucifix.

La presse britannique couvre l’affaire dans ses moindres détails

Alors que Scotland Yard peine à résoudre l’affaire et donner une explication rationnelle aux évènements étranges qui fascinent désormais tout le pays, une chasse à l’homme, ou plutôt au vampire, est organisée par la paroisse locale et de nombreux résidents du quartier et d’ailleurs s’y joignent. Le 12 mars 1970 à 22h, c’est plusieurs milliers de personnes qui sont réunies sur Swains Lane. Le résultat de cette battue est catastrophique : le cimetière a été saccagé, des tombes ont été déplacées et un corps a même été extrait de son cercueil. Face aux émeutes provoquées, le cimetière est fermé et la situation se tasse. Cinq mois après la battue, un corps calciné est retrouvé dans le cimetière d’Highgate. Peut-être un crime qui n’a rien de surnaturel : l’enquête ne permettra pas d’identifier le corps. A part ça, tout semble revenir à la normale­­ dans ce quartier d’ordinaire tranquille.

Mais Farrant, tout comme la jeune fille insomniaque, est devenu étrange après sa rencontre avec la créature : rites sataniques, profanation de sépulture, il fait 5 ans de prison puis célèbre des messes noires où il fume de la poudre d’os humain et pratique des envoûtements. Même la télévision française lui consacre un reportage.

Chaque année depuis cette affaire, des témoignages continuent d’affluer : apparitions étranges, comportements irrationnels, agressions et évènements inexpliqués autour du cimetière de Highgate. A tel point qu’aujourd’hui, plus personne n’ose emprunter Swains Lane la nuit…

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